Portrait

Nathalie Mazéas rend hommage aux femmes photographes du Mali

Nathalie Mazéas rencontre de Bamako a maraLa Photographe, Fatim Diarra, Bamako 2017 © Nathalie Mazéas

Sur les murs du cinéma Al Hilal à Médina Coura (un quartier populaire de Bamako), les photographies de Nathalie Mazéas tutoient, fixent et interpellent les passants. Quelques uns s’arrêtent, scotchés devant les portraits de jeunes femmes photographes maliennes. Un contact saisissant qui n’est pas sans laisser de traces chez le public comme le suggère le nom de l’exposition « a mara » qui signifie « ce qu’il faut garder ». Entretien avec Nathalie Mazéas qui expose dans le OFF de la Biennale de la photographie  africaine 2017, « Afrotopia » jusqu’au 31 janvier 2018.

Vous êtes partie à la rencontre de femmes photographes qui se battent pour faire des photos, comment s’est passé le travail de recherche et de sélection des portraits pour l’exposition  » a mara » ?

La première chose avant de partir de Paris, comme que je ne connaissais personne, j’avais repéré en fouillant sur le net, une exposition au Musée National du Mali, avec de jeunes photographes Maliens. Cette exposition était issue d’un Workshop avec un suisse. Arrivée à Bamako, c’est la première chose que j’ai faite, voir l’exposition. J’ai noté les noms des photographes dont le travail m’avait le plus touchée. Je suis allée voir Igo Diarra à la Galerie Médina et je lui ai demandé les contacts des artistes, et de fil en aiguille, à chaque rencontre, quelqu’un me parlait de quelqu’un d’autre. J’ai rencontré toutes les personnes qui étaient disponibles. Je n’avais aucun critère de choix, juste leur engagement, leur passion de la photographie, leur envie de raconter une histoire. Après ce sont plus elles qui m’ont choisie. Après leur avoir fait part de mon projet, c’est elles qui décidaient, si elles voulaient faire parti de mon histoire. J’ai rencontré, 2 ou 3 personnes qui n’ont pas donné suite, alors que les rendez-vous s’étaient très bien passés. Et J’ai rencontré à Paris une femme formidable, Kumba Keita, je lui ai téléphoné pour lui parler du projet. Elle m’a dit:

Je ne sais pas pourquoi, je ne te connais pas mais je sens que je peux te faire confiance, j’aime ton projet.

Elle m’a donné les coordonnées de Igo Diarra à la Galerie Médina, et celles de sa meilleur amie, la géniale Photographe Malienne Fatoumata Diabaté, et celui de Gisèle.

Vous avez débarqué à Bamako avec juste quelques contacts en poche, comment s’est passée la collaboration et le travail avec les photographes?

La collaboration a été absolument Formidable, d’échanges, de partages, de grandes libertés et de moments aussi très intimes. Je n’aurais jamais pu imaginer, ce que j’allais découvrir en faisant ce projet. Il y’a des gens qui seront dans ma vie pour toujours, des gens que j’aime profondément, que je considère faire partie de ma famille. Et des Artistes avec lesquels je suis  très fortement liée artistiquement, et que je vais continuer à suivre. Chaque personne photographiée, m’a fait découvrir un peu plus de Bamako, un peu plus de la vie des gens là bas. Grâce à ces artistes j’ai été dans des endroits, auquel je n’aurais jamais eu accès sans eux. J’ai vécu des moments d’une rare intensité. En rentrant à Paris, j’avais juste peur que mes photos ne soient pas à la hauteur des gens que j’avais rencontré et qui s’étaient livrés avec bienveillance et générosité. J’ai mis du temps avant de regarder mes photos. J’avais peur de voir que j’avais eu un regard de blanche exotique !

Pourquoi rendre Hommage aux Femmes Photographes?

Je me suis rendue compte que faire de la photographie au Mali, relève du miracle! Car il n’y a rien.
Pas d’école, pas d’institution. Les jeunes apprennent seuls et n’ont pas de retour sur leur travail.
Et pour les femmes, c’est dix fois plus dur. Le poids de la famille et de la religion les assimilent à des prostituées. on leur dit souvent :
Tu te comportes comme si tu n’étais pas musulmane, La photographie c’est un métier d’hommes. Ta place est à la maison à construire une famille, tu ne peux pas continuer à faire le tour du monde. La vie d’une femme est trop courte.
Quand j’entends cela, il est évident pour moi de les mettre en avant.

En tant que photographe française, est ce que vous vous êtes vue dans les témoignages, les difficultés des femmes photographes du Mali?

La seule chose qui nous unit profondément elles et moi, c’est ce besoin viscéral de s’exprimer par le médium photographique. Raconter notre histoire, appréhender le monde, le comprendre, se comprendre en faisant des images. Affirmer et prendre sa place avec un métier, jusqu’ici masculin. Une jeune femme photographe, m’a dit se faire des autoportraits nus, pour avoir le sentiment de maîtriser sa vie.J’ai moi  aussi commencé comme cela, en me photographiant nue, à la différence que moi, si je montre ces photos, je ne risque pas de me faire traiter de pute, ni de me faire lyncher, par mes frères, mes oncles, ou mon père, et ça c’est énorme !! Donc par respect pour toutes ces femmes qui se battent pour exprimer leur point de vue et être indépendantes, je ne peux pas dire que notre histoire soit commune. On les empêche, on les maltraite, on les bat, on les abandonne, on les renie, parce qu’elles veulent s’élever par l’art et avoir accès à la connaissance. Mais moi je ne risque rien de tout cela, ce que je vis à coté, même si j’ai des difficultés , c’est du pipi de chat. Sans compter qu’il n’y a rien pour travailler, pas de formation, très peu de retour sur leur travail, avec des regards extérieurs. Ce n’est pas par hasard si on parle beaucoup du travail de la jeune Sud Africaine Phumzile Khanyle, qui ne pouvant faire des photos dans la rue car elle se faisait battre à mort, a décidé de rester enfermée chez sa grand mère et a commencé à se faire des autoportraits.

Rencontre de Bamako-femmes-photographes-Mali
© Georges Attino

Qu’ est ce que vous voulez que les gens de la rue gardent en regardant vos photos?

J’ai envie de leur donner accès a quelque chose qui est réservé à une élite. leur donner la possibilité de se voir autrement au travers de ces images et portraits. De peut être les faire voyager, de leur permettre d’avoir un regard de les surprendre.
Femmes photographes Mali
© Georges Attino
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Georges Attino
Georges Attino
Journaliste, photographe et blogueur, je partage avec vous sur ce blog l’autre version du Sahel. Le Sahel plein de vie, de joie et de bonne humeur. Enroulez votre chèche, prenez une bouteille d’eau et allons à la (re) découverte de cet oasis de culture.

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